56 BALEINES POUR CHARLES MINGUS
56 BALEINES POUR CHARLES MINGUS
À Camille, mon neveu et Alain Marc, mon camarade de CRI !
" -En d'autres termes, il y a trois hommes en moi. L'un deux occupe toujours le milieu : indifférent, impassible, il observe, il attebd que les deux autres le laissent s'exprimer et leur dire ce qu'il voit. Le deuxième est comme un animal apeuré qui attaque de crainte d'être attaqué. Et puis il y a un homme doux et aimant, trop aimant, qui laisse autrui pénétrer dans le saint des saints de son être, encaisse les insultes... et qui, lorsqu'il s'aperçoit qu'on l'a possédé, à envie de tuer et de détruire tout ce qui l'entoure, y compris lui-même.... Mais il ne s'y résout pas - et il retourne s'enfermer en lui-même. [...] Ainsi commence le livre "MOINS QU'UN CHIEN" de Charles Mingus -1922/1979 -
La vraie vie n'est que rendez-vous, pas de hasard !/Comme en ce 05 janvier 1979/Quand 56 baleines viennent s'échouer/Pour agonir sur une plage du Mexique/Et le jour même, à Cuernavaca, meurt Charles Mingus/Compositeur de Jazz et contrebassiste de génie,/Il était l'homme du "MOINS QU'UN CHIEN".
À Nogales, ville-garnison à la frontière du Mexique,/En Arizona, le 22 avril de 1922/Naissance de Charles Mingus junior. Quand Harriett Sophia,/Sa mére d'origine chinoise meurt - premier morcellement -/Il est âgé de 6 mois. Dans la banlieue de Los Angeles,/À Watts où la famille s'est installée, avec Grace et Vivian,/Ses deux soeurs, il se retrouve seul avec son père.
Le paternel, Sergeant Charles Mingus, se remarie bientôt./Mamie Carson, métisse moitié indienne, déjà mère/D'un garçon, élève la marmaille dans la dérive banale/D'une banlieue résidentielle qui peu à peu se transforme/En ghetto noir surpeuplé ; c'est là qu'expérimente le p'tit Charles/Sa condition d'homme noir, ce qui - in U.S.A - n'est jamais simple/Et encore moins en ce qui le concerne lui le métisse.
Chaque fois qu'il se regarde dans le miroir, il s'interroge/"Qu'est-ce que je suis ?". Sur la face de son visage/Il discerne des traits de l'Indien, de l'Africain, du Mexicain,/De L'Asiatique et aussi même une certaine part du blanc :/Pâleur en provenance d'une histoire dont se vante son père/Au sujet d'un amour clandestin, en Caroline du Nord,/Entre un esclaver noir et une jeune suédoise diaphane.
Charles désire être, l'un ou l'autre, mais il est un peu de tout/Et vraiment de rien, sans race, sans pays, sans drapeau/Et surtout, dans le ghetto de Watts, sans ami./Tous les autres gamins ont une vision simple de la chose :/"Tu n'es même pas un p'tit bouseux de nègres noirs"/Lui crachent-ils à la face; - déjà "MOINS QU'UN CHIEN" ! -/Il aime quand Mamie Carson l'emmène à la Holiness Church.
On ne considére pas la musique comme diabolique/À la Holiness Church. Ce qu'on y chante et joue/Est spontanée : ça roule sur l'émotion, l'expressivité,/L'improvisation... La sauvagerie des choeurs est renfoncée/Par l'apport de cymbales, trombones... Charles va avoir six ans./Il le sait désormais et le veux : il jouera du trombone !/Son père accepte de lui offrir son premier instrument.
De 1928 à 1932/Le jeune Charles Mingus étudie le trombone./De 1932 à 1940/Il se met au violoncelle, fouille le secrets des cordes/Et passe surtout à l'apprentissage de la contrebasse/ - posé sur l'un de ses flancs, cet instrument ressemble à la baleine ! -/Il prend des cours de piano. La musique l'habite et l'habille.
1940, premier engagement professionnel.../Il découvre Charlie Parker... enregistre sous le nom de Baron Mingus.../...Contrebassiste dans l'orchestre de Lionel Hampton... il déprime/Aprés avoir enregistré deux disque sous son nom ;/Comme Charles Bukowski, il trouve un emploi dans les postes.../Devient membre du trio Red Norvo... Fonde le label Debut.../Ecrit "MOINS QU'UN CHIEN"... devenant "l'inclassable baleine sacrée" du Jazz.
Christian Edziré Déquesnes, le 22 octobre 2009 en Saint Amand-les-Eaux. Ce texte devrait apparaître dans le prochain n°18 de la revue PASSAGES avec une traduction picarde.